L’hallucination numérique de la résistance à l’ère du génocide diffusé en direct.
En 1970, Gil Scott-Heron nous annonçait que la révolution ne serait pas télévisée. Il comprenait que la télévision n’était pas un vecteur neutre de vérité, mais un instrument de contrôle, une sorte de drogue transformant les citoyens en spectateurs et la vie politique en divertissement. Mais Scott-Heron n’aurait pu prévoir le piège encore plus parfait qui nous attendait : un système où les spectateurs se prendraient pour des acteurs, où les opprimés confondraient l’expression de leur souffrance avec l’exercice de leur pouvoir, où le fait d’être témoin d’un génocide serait parfaitement intégré au même flux d’informations qui vous vend des baskets et des conseils en matière de rencontres. La révolution ne sera pas télévisée. Elle ne sera pas non plus tweetée, partagée, taguée ou publiée. Votre fil d’actualité est le cimetière des révolutions.